• Le chevalier de Saint-George

      

    Tulipier du Gabon Rivière Lama Fort de France MartiniqueJe vous livre ma première impression à la lecture du livre biographique "Monsieur de Saint-george - Le nègre des lumières"!

     

    J'ai pris grand plaisir à lire le livre de Guédé. Il intègre parfaitement la vie hors du commun du Chevalier de Saint-George dans le contexte de son époque et le cadre historique auquel il prit part.

      

     

    Vous pourrez tout au long  de la lecture de cet article, écouter un grand nombre d'extraits des oeuvres retrouvées du chevalier de Saint-George. 

     

    Ces musiques vous permettront de toucher un peu du doigt tous les aspects de son âme artistique.

     

    Cette douce symphonie est fort agréable à écouter, je vous invite donc à  accompagner votre lecture de ce premier fond musical de Saint-George!

     

     

      

    Symphonie en ré majeur, opus 11, n° 2

    Ouverture de l'opéra "l'Amant anonyme" de Saint-George   

      

     

    Index

    Une vie aussi passionnante qu'intrigante 

    La fin de sa vie et son entrée dans l'histoire

    Cit'action 

     

     

    Monsieur de Saint-George

    "Monsieur de Saint-george - Le nègre des lumières"

     

    Je poursuis mon analyse : 

    Joseph Bologne de Saint-George appelé "Chevalier de Saint-George" était un exceptionnel escrimeur et un violoniste virtuose, néanmoins sa vie n'a pas été un long fleuve tranquille, loin de là!

     

    Il a continuellement dû se battre pour ses idéaux et surtout contre les idées reçues.

     

    Malgré les adversités, sa différence de couleur n'étant pas acceptée par tous, il poursuit cependant son chemin en ce temps de grands bouleversements qu'est la révolution.

     

    C'est ainsi qu'il laisse transparaître à travers son oeuvre chaque don que la vie lui a concédé et notamment une force immense à résister face à l'adversité. 

     

    Précurseur d'un nouveau style musical, son génie est salué par ses contemporains à sa juste valeur.

     

    Guédé dit en substance de Saint-George, je cite :

    "Saint-George compositeur a puissamment contribué à révolutionner la musique et l'univers de la création musicale.

    Et il symbolise aussi cette révolution qui voit les hommes de couleur conquérir  leurs droits les armes à la main, à l'image d'un "Toussaint Louverture" à quelques milliers de kilomètres de là". 

      

     

    Une p'tite précision avant d'entrer dans le vif du sujet!

    La vie du Chevalier de Saint-George reste encore dans certaines circonstances un mystère.

    En effet durant l'esclavage, les registres n'identifiaient pas précisément les esclaves.

    Il s'avère que certains biographes ne soient pas en accord avec la date de naissance de Saint-George et de ce fait, de son âge à son arrivée sur la France, du lieu de naissance de sa mère,  de sa filiation paternelle, ect... 

     

     

        

    Le Chevalier de Saint-George ou le paradoxe des Lumières

     

     


    Une vie aussi passionnante qu'intrigante

    Un escrimeur hors pair et un violoniste  prodige vous dis-je!

     

    Le fleuret et l'archet sont les armes qui lui ont permis d'être la coqueluche du temps des lumières tant à Paris que dans le reste de l'Europe.

     

    Dans ce contexte, lors d'un séjour de Saint-George à Londres en 1787,  son ami escrimeur "Henry Angelo", chez qui il fréquente régulièrement la salle d'armes, le présente au peintre "Mather Brown" qui propose de réaliser son portrait.

     

    Ce portrait montre le chevalier Saint-George tenant son épée sur fond d'une partition musicale, tout un symbole!

     

     

     Le chevalier de Saint-George

       Portrait de Joseph de Bologne de Saint-George

    Tableau réalisé en 1787 par Mather Brown

    Copie gravée par William Ward,  concervée à la bibliothèque nationale

     

     

    Angelo enverra une copie du portrait en France.

    Le maître d'armes de Saint-George, "Nicolas Texier de la Boëssière", lui adressera plus tard ce beau poème en l'honneur de son protégé.

     

    "Dans les armes, jamais on ne vit son égal

    Musicien charmant, compositeur habile

    A la nage, au patin, à la chasse, à cheval

    Tout exercice enfin, pour lui semble facile

    Et dans tous, il découvre un mode original

    Si joindre à ses talents autant de modestie

    Est le nec plus ultra de l'Hercule français

    C'est que son bon esprit exempt de jalousie

    N'a trouvé de bonheur en cette courte vie

    Que dans les vrais amis que son coeur s'était faits".

     

     

    Angelo s'empressa de le joindre au côté du portrait original de Saint-George dans sa salle d'armes à Londres.

    Index  

     


     

    • L'influence sur sa musique de sa jeunesse à la Guadeloupe

     

    Mulâtre "couleur cannelle" au destin étonnant, Joseph naît en Guadeloupe et selon l'auteur à noël 1739, sous la condition d'esclave bien que fils d'un colon (D'autres biographes pencheraient plutôt pour une naissance en 1745).

     

     

    Auparavant le code noir dès 1685 stipulait que tout enfant mulâtre naissait libre. Or devant la recrudescence d'enfant de sang-mêlé, le décret de 1687 abrogea cette condition et ordonna que tout enfant mulâtre de mère esclave naisse esclave.

     

     

    Selon Guédé, sa mère "Nanon", une Africaine d'origine Sénégalaise serait une esclave arrivée sur l'île enfant (Certains pensent qu'elle serait plutôt née sur l'île).

     

    Le père de Joseph, un noble colon désargenté  "Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne" venu à la Guadeloupe pour faire fortune, s'installe sur une habitation à Baillif en Basse-Terre (Pour d'autres son père serait "Georges de Bologne Saint-Georges")

     

    Tombé sous le charme de Nanon, il l'achète à son cousin pour 2000 livres.

     

     

    De Boullongne éduque Joseph comme un fils de bonne famille. Le jeune garçon apprend avec dextérité le violon, l'escrime, le tir et les bases de la littérature. Il s'y montre particulièrement doué.

     

    L'auteur explique que son père ne pouvant pas lui transmettre son patronyme, (Joseph étant né esclave) lui  concède un titre factice et le nomme "Chevalier de Saint-George", nom du domaine exploité par son cousin.

     

     

    Le jeune prodige aime flâner dans la luxuriante nature de l'île, participer aux chants des esclaves Africains et à leurs danses.

    Ces chants et danses répétitifs leurs donnent la force d'affronter le pénible labeur sur la plantation.

    "Le chant définit les cadences" écrit l'auteur!

     

    Ces chants récurrents des esclaves ont eu une grande influence dans les futures compositions du chevalier de Saint-George, les thèmes syncopés de sa musique rappelle les rythmes créoles.

     

     

    Prêtez l'oreille! 

    Je vous invite à nouveau à écouter un court extrait de la précédente symphonie tout en poursuivant la lecture et les explications qui confortent cette pensée!

     

     

     

     Symphonie en ré majeur, opus 11, n° 2 - Saint-George

      

     

    Guédé explique en ces termes:

    "Cet art consommé de répéter les mêmes airs sur des registres à peine différents enthousiasmera plus tard, les critiques et les musiciens comme Grétry qui applaudiront le compositeur Saint-George".

     

     

    Il relate une note de "Lionel de la Laurencie" (grand maître de la musicologie du violon,  chroniqueur des revues musicales françaises) qui précise:

    "Les concertos de Saint-george se recommandent par une thématique gracieuse, avec une pointe de langueur toute créole et de sentimentalité mélancolique.

    Le musicien aime à redire ses thèmes deux fois, la seconde fois à l'octave grave...

    ... L'écriture en est claire, coulante et aérée. La mélodie apparaît plus souple, plus chantante, plus sentimentale que celle de Gossec et notamment dans les rondeaux, elle porte bien la marque du mélancolique mulâtre"...

     

    L'auteur poursuit, je cite:

    "Ces concertos recèlent, en particulier, deux passages qui se hissent au niveau des plus beaux adagios de l'histoire de la musique.

    Celui du "concerto n°3 opus 3" et celui du "Concerto en ré majeur opus 4".

    Cette fois, le violon ne chante plus. Il pleure.

    Est-ce le fils d'esclave qui voyait ses frères plier sous le fouet qui s'épanche dans ses lamentos à tirer des larmes?

    Sont-ce les larmes d'une mère?

    Ou celles de l'Adonis noir qui jamais ne pourra accompagner sa belle jusqu'à l'autel?

    Ou, tout bonnement, le chagrin de voir s'éloigner au petit matin l'amourette d'une soirée laissant désespéré un malheureux... qui se consolera le soir même dans d'autres bras?

     

    Symphonie concertante en la majeur, opus 10 n°2 

     Saint-George

     

     

    Difficile de le savoir avec ce diable d'homme. Mais est-il si important de percer ce qu'il a voulu exprimer?

    Saint-George n'a jamais voulu rien garder pour lui, se plaisait à répéter ceux qui l'ont connu. Tout ce qu'il possédait, il l'offrait à ses amis.

    Il en va de sa musique. Il l'offre à ce compagnon d'un moment suspendu à la magie de son archet".

    "Ses derniers mouvements libèrent des airs à chanter, à sauter, à crier sa joie de vivre. C'est celle du Saint-George des fêtes...

    ... Sauter, virevolter poser un baiser sur une épaule dénudée, soulever discrètement ce masque qui ne laisse passer qu'un regard complice.

    S'arrêter un instant, pour respirer. Avaler une gorgée de ratafia de coing ou de champagne. Juste le temps de chercher des yeux sa belle. Avant d'être happé de nouveau par ce tourbillon.

    Concerto pour violon en sol majeur, opus 8, n°9

    Saint-George

     

     

    C'est tout cela la musique de Saint-George. Une musique champagne. Une musique qui fête déjà des temps nouveaux...

    ... Sa musique incarne une époque où l'on pense enfin que le premier devoir de l'homme sera d'être heureux. 

    A l'instar d'un Smetana ou d'un Grieg, Saint-George fait de la musique un art pictural...

    ... Deux siècles plus tard, sa musique est étrangement actuelle. Elle parle à la personne humaine et perce les âmes. Mais aussi elle développe des mélodies qui s'incrustent dans les esprits...

    ... Ses airs se gravent entre les oreilles pour ne plus en sortir. Il s'implique dans sa musique. Il la fait virer, rire ou pleurer. Et plus que tout autre il annonce le romantisme"...

     

     

      Concerto pour violon en la majeur, opus 5, n° 2 - Saint-George

     

     

    En parallèle l'auteur évoque la traite des noirs, le commerce triangulaire, la vie des esclaves et de leurs maîtres dans les plantations aux Antilles.

     

    C'est ainsi que l'on apprend qu'un colon de l'île de Saint -Domingue, le marquis désargenté "Alexandre Davy de la Pailleterie" eu quatre enfants avec une esclave "Césette Dumas".

    De part ce décret de 1687, il pu vendre la mère ainsi que trois de ses enfants esclaves pour pouvoir repartir sur la France.

    Il ne garde qu'un de ses fils, qui n'est autre que Thomas Rétoré Dumas (1762 - 1806), le père de l'écrivain Alexandre Dumas (1802 - 1870).

     

    Thomas entrera en pension chez de Texier de la Boëssière, deviendra le jeune compagnon d'armes avec lequel le Chevalier de Saint-George, bien plus âgé que lui, se liera d'amitié et prendra sous sa coupe.

     

    Dumas fera partie des cavaliers de la "Légion de Saint-George" durant la révolution.

    Je détaillerai un peu plus cet aspect de la vie de Saint-George, dans la partie "Colonel de la garde du roi et la révolution".

     

    Thomas Rétoré Dumas prendra le patronyme de son père "Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie" et entamera une brillante carrière militaire.

    L'histoire le reconnaîtra sous le mon du "Général Dumas"

    Il rachètera par la suite sa mère et toute sa famille pour les affranchir. 

     

     

     

    Ce long extrait vous permettra de poursuivre sereinement la lecture jusqu'à l'extrait suivant.

     

    Vous pourriez alors faire une p'tite pause musicale jusqu'au terme de cet extrait et par la suite, reprendre le fil de la lecture en entamant le prochain extrait!

     

     

    Quatuor à cordes en do majeur, n°3  - Saint-George

    Index 

     

     

    • Une vie d'aristocrate à Paris, un mulâtre idolâtré

    Après une enfance en Guadeloupe puis à Saint-Domingue (actuellement Haïti), le couple part en 1748 pour Paris avec leur fils âgé d'une dizaine d’année.

     

     

    En foulant le sol Français (ils arrivent à bordeaux), Nanon et son fils sont affranchis d'office.

    En effet, un arrêt de 1571 du parlement de Bordeaux précise que "La France ne peut admettre aucune servitude sur son sol" puis, un édit du 4 octobre 1691 étend cette disposition sur tout le territoire Français.

     

    Afin de restreindre la venue, l'affranchissement des esclaves et de limiter les naissances de sang-mêlés sur le sol Français, poussé par le lobby colonial, une ordonnance royale de 1763 stipule qu'un esclave ne peut être affranchi qu'après trois ans de présence continuelle sur le sol du royaume et ne peut pas être vendu par ses maîtres.

    Dans la foulée, certains corps de métiers leurs sont formellement interdits. 

     

     

    Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne devient "Trésorier général des colonies" puis endossera par la suite la charge de "Trésorier général de l'extraordinaire des guerres".

     

    Ces charges lui assurant des revenus substantiels, il ne lésine pas sur les moyens pour offrir au chevalier Saint-George une éducation digne d'un jeune aristocrate.

     

     

    Saint-George entre en pension à l'âge de treize ans chez Nicolas Texier de la Boëssière, (l'inventeur du masque de protection des escrimeurs en 1750) pour parfaire son éducation de gentilhomme.

     

    Texier de la Boëssière devient son mentor et ami auprès duquel Saint-George apprend le maniement des armes (épée, armes et bâton) durant 6 ans.

    Saint-George deviendra son plus précieux élève.

     

     

    Saint-George fut élévé avec Antoine, le fils de Texier de la Boëssière, son compagnon d'armes.

    Naîtra entre eux une  longue amitié.

     

    Dans son "Traité de l'art des armes à l'usage des professeurs et des amateurs" Antoine Texier de la Boëssière fait l'éloge de Saint-George en lui consacrant une biographie sur 7 pages.

     

    Il affirme :

    "l'homme le plus extraordinaire qu'on ait peut-être jamais vu dans les armes et même dans tous les exercices du corps fut sans doute le fameux Saint-George;

    On pourrait lui appliquer ce que l'Arioste dit de Zerbin: "La nature le fit et rompit le moule"".

     

     

    Le jeune mulâtre  accède au manège des Tuileries à la prestigieuse "Académie royal d'art équestre" du maître Dugast qui le décrit comme l'un de ses meilleurs cavaliers.

     

     

    Il parfait son art au violon auprès de Jean-Marie Leclair, tandis que  François-Joseph Gossec l'enseigne l'art de la composition. Son père lui fait fabriquer alors un violon par Amati, le maître de Stradivarius.

     

     

    Grâce à son humilité et à ses multiples talents, ce séduisant homme svelte des îles d'Amérique et  cet élégant danseur est adopté par l'aristocratie et la gente féminine.

     

     

    Malgré toutes ses qualités, la couleur de sa peau lui fera défaut, il ne pourra épouser l'élue de son coeur, une aristocrate nommée "Marie" sonnée de rompre avec lui. 

     

    L'auteur précise que la romance "L'autre jour sous l'ombrage" vient sans doute de cet amour sans lendemain :

    "Bonheur d'être aimé tendrement.

    Que de chagrins vont à ta suite.

    Pourquoi viens-tu si lentement.

    Et t'en retournes-tu si vite?"

     

     

    Adulé par ses contemporains, il est appelé "Dieu des armes" et meilleur escrimeur d'Europe.

     

    L'un des biographes de Saint-George, son ami et escrimeur Anglais "Angelo", précise dans ses mémoires :

    "Jamais un homme n'avait uni autant de souplesse à autant de force.

    Il excellait dans tous les exercices du corps auxquels il s'adonnait et fut aussi un nageur et un patineur accompli."

     

     

    Jean-Benjamin de Laborde le décrit ainsi dans son "Essai sur la Musique" :

    "Saint-George est peut-être de tous les hommes celui qui né avec le plus de talent différents, auxquels s'ajoute le mérite peu commun d'une grande modestie". 

     

    Quartet en fa mineur, n° 3 - Saint-George

    Index 

     

     

     

    • Un musicien-compositeur de génie reconnu par ses pairs

    Saint-George est avant tout un violoniste virtuose, un compositeur reconnu et chef d'orchestre, il dirigea de grands orchestres de France et d'Europe.

     

     

    Il est eu summum de son art dès 1768 néanmoins les compositeurs renommés n'hésitent pas de lui dédier leur chef d'oeuvre bien avant cette date.

     

     

    Dès 1766, "François-Joseph Gossec" son professeur de composition et le chef d'orchestre  du célèbre "Concert Spirituel", lui rend un hommage appuyé, en lui dédiant ses 6 trios, opus 9, en écrivant l'éloge suivant :

    "A.M de Saint-George, écuyer, gendarme de la garde du roi.

    Monsieur,

    La célèbre réputation que vous vous êtes acquise par vos talents et l'accueil favorable que vous faites aux artistes, m'ont fait prendre la liberté de vous dédier cet ouvrage, comme hommage dû au mérite d'un amateur aussi éclairé.

    Si vous lui accordez votre suffrage, le succès en sera certain.

    Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble serviteur".

     

     

    Auparavant en 1764, le grand compositeur Italien "Antonio Lolli" lui avait déjà dédié 2 concertos en mentionnant :

    "AM. de Saint-George, gendarme de la garde de sa majesté très chrétienne"

     

     

    Puis en 1768, le grand maître de la musique Italienne "Joseph Avoglio" lui consacre 6 somates opus 4.

     

     

    A la création par Gossec du "Concert des Amateurs" en 1769, celui-ci confiait déjà à Saint-George, la responsabilité de premier violon et batteur de mesure lors des répétitions.

     

     

    En 1772 Saint-George crée ses premiers concertos et fait graver en 1773 les partitions de ses 6 premiers quatuors.

     

     

    Symphonie concertante en fa majeur, opus 10, n°1 - Saint-George

     

     

    Gossec, suite à son affectation à la direction  du "Concert spirituel", confiera à Saint-George, en cette année 1773, les rênes du "Concert des Amateurs".

    Il maniera la baguette de chef d'orchestre durant 8 bonnes années.

     

     

    En 1775 "L'Almanach musical"  désigne le concert des amateurs de : 

    "Meilleur orchestre pour les symphonies qu'il ait à Paris et peut-être dans l'Europe".

     

     

    L'auteur précise, je cite :

    "Joseph se voit, alors, affublé d'un qualificatif qui lui sera définitivement accolé..."Le fameux chevalier de Saint-George""

     

     

    Il devient en 1774 le musicien favori de la reine Marie-Antoinette, les romances de Saint-George sont jouées à Versailles ainsi que dans les grandes villes d'Europe.

    La reine viendra régulièrement l'applaudir lors des répétitions et des concerts et ce, jusqu'au début 1789. 

     

     

    En 1776, Saint-George postule pour la direction de l'opéra (Académie royal de musique) à la dérive. Sa candidature est soutenue par la reine Marie-Antoinette.

    Cette proposition provoque un tollé et une haine raciste contre lui. Trois divas de l'opéra craignant de perdre leur privilège, ne voulant pas être dirigé par un mulâtre s'indignent.

     

    Louis XVI tranche et répond en substance, indique l'auteur:

    "Ce sera Saint-George ou rien"... "Le mulâtre qui, par son seul talent, mériterait ce poste ne sera pas nommé à la direction de l'opéra. Toutefois personne d'autre ne prendra cette fonction".

     

     

    Et à l'auteur de poursuivre :

    " Avec l'affaire Saint-George, le monde civilisé est invité pour la première fois à répondre à une question de fond :

    Quand on ne les transforme pas en machine, les noirs peuvent-ils développer les mêmes qualités que les blancs? "

     

     

    L'abbé Grégoire surnomme Saint-George le "Voltaire noir", tout un symbole.

    L'Abbé Grégoire est le fondateur du Conservatoire national des arts et métiers et un fervent défenseur des droits des hommes. Il lutta durant la révolution pour l'émancipation des noirs.

      

     

    Peiné de ce racisme latent, Saint-George puise sa force dans un travail acharné, en produisant une symphonie concertante et cinq concertos pour violon.

     

     

    Symphonie concertante en do majeur, opus 9, n° 1 

    Saint-George

     

     

    Il relève la tête grâce en autre à ses amis musiciens, au duc d'Orléans et au somptueux présent provenant du principal concurrent de l'orchestre que dirige Saint George.

     

    En effet, le " Concert spirituel" lui offre de créer sa première symphonie concertante (concerto à deux solistes ou plus) orchestré par Pierre le Duc.

     

     

    L'auteur indique que le concerto pour clarinette et le concerto pour basson de Saint-George interprétés par le " Concert spirituel" occupent souvent la tête d'affiche et croisent la symphonie de Mozart.

      

     

    Parmi les œuvres retrouvées du Chevalier de Saint-George, Alain Guédé note dans son livre :

    "215 cotes, parmi lesquelles 17 concertos, 18 quatuors, 8 symphonies, 7 opéras, 95 romances, 9 duos pour piano et violon et 22 sonates ect"...

     

    "Catalogue des oeuvres du Chevalier de Saint-Georges édité par Alain Guédé.pdf "

     

     

     

    Je vous propose un nouveau voyage musical tout en douceur pour le plaisir des sens.

    Reprenons le fil de la lecture tout en écoutant cet extrait de "l'Amant anonyme"!

     

     

        

     Concerto pour violon n° 2, opus. posthume, rondo

    de l'opéra "l'Amant anonyme" de Saint-George

     Index 

     

     

     

    • Le colonel de la garde du roi et la révolution

    Chevalier de Saint-George entra en 1761 dans le corps prestigieux des "Gendarmes de la garde du roi".

     

     

    Dès 1787, Saint-George rencontre régulièrement dans les cafés, lors de forum de travail, Condorcet, Mirabeau, Pétion, l'Abbé Grégoire, l'Abbé Sieyes ou Dupont de Nemours qui travaillent à l'élaboration de la "Société des amis des noirs" pour l'abolition de l'esclavage.

    Cette Société voit le jour en 1788.

     

    Saint-George fait le lien entre tous ces personnages et le duc d'Orléans exilé hors de la capitale, qui lui aussi soutien la révolution.

      

     

    Il fréquente tous deux, le club des Jacobins et participe aux séances de l'Assemblée Nationale afin de se tenir informé des débats qui concerne la situation des noirs.

     

    La "Société des amis des noirs" tente d'obtenir pour les noirs et les mulâtres libres, les mêmes droits politiques que les blancs, mais devant les lobbys des colons, "l'Assemblée Nationale" fait la sourde oreille aux revendications des noirs.

     

     

    C'est dès lors "l'Assemblée Coloniale" qui décrète le 28 septembre 1791 que,  "tout individu est libre aussitôt qu'il entre en France".

    Et, la loi du 24 mars 1792 accorde aux hommes libres de couleur l'égalité civique.

     

     

    "L'Assemblée Nationale" proclame en cette même année 1792 l'abolition de l'esclavage dans les colonies.

     

     

    C'est durant cette période de grand bouleversement que Saint-George compose son dernier opéra "Guillaume tout coeur".

     

     

    Conforté par la loi du 24 mars 1792, une délégation de noirs et de métis n'hésite pas à proposer dans la lancée leur soutien à l'Assemblée pour défendre la patrie contre l'invasion des Autrichiens.

     

    Dès le lendemain celle-ci vote la formation d'un régiment de 1000 soldats d'origine Afro antillaise (Hussards Américains) commandé par Saint-George.

     

     

    Saint-George fonde une légion de volontaires qui prendra par la suite le nom de "Légion de Saint-George".

     

    De fait, le colonel Saint-George désire que les cavaliers de sa légion soient d'excellents escrimeurs. Il enrôle  au poste de commandant, son ami "Thomas Rétoré Dumas", élève tout comme lui du maître d'escrime "La Boëssière".

     

     

    Le 5 septembre 1793 est promulgué une loi sur le "suspects"qui permet aux citoyens de pratiquer sans criante la délation.

     

    Dans ce contexte, son amitié avec le duc d'Orléans (Philippe-Egalité) et la jalousie lui vaudront de tomber sous le coup de cette loi et d'être dénoncé, emprisonné sans raison et destitué de son commandement.

    Philippe-Egalité fut condamné à mort et guillotiné.

     

     

    A la chute de Robespierre et à la fin de la terreur, des officiers et amis signent une pétition en sa faveur et demandent à la commission des armées le motif de son emprisonnement. Celle-ci autorise la libération de Saint-George n'ayant trouvé aucun motif valable.

    Il aura passé un peu plus d'un an en prison.

     

     

    Le 4 février 1794, la "Convention de l'Assemblée" abolit l'esclavage dans les colonies. 

     

     

    Mais 2 ans après le décès de Saint-George, soit le 20 mai 1802, "Napoléon Bonaparte" rétablit l’esclavage aux Antilles en appliquant à nouveau le "Code noir" préalablement en vigeur en 1789.

     

    Par arrêté du 2 juillet de cette même année il réduit les droits civiles des libres de couleurs, droits qu'ils retrouveront qu'à partir de 1831.

      

     

    L'abolition définitive de l'esclavage dans les colonies est décrètée  le 27 avril 1848 par le "Gouvernement provisoire" et l'inscrit le 4 novembre de cette même année à l'article 6 de la "Constitution Française" :

    "L'esclavage ne peut exister sur aucune terre française" 

    Index 

     

     

     

    • Le franc-maçon noir, franc-musicien

    En 1778, les spectateurs font un retentissement triomphal  à son opéra "La chasse".

     

     

    Puis en 1779, le duc d’Orléans crée pour lui la fonction de "Lieutenant des chasses du duc d’Orléans ", alors que sa femme Madame la "Marquise de Montesson" lui confie en 1780 la direction de son théâtre privé du palais royal qu'il hisse au plus haut niveau.

     

    En cette même année, il y représenta son nouvel opéra "L'Amant anonyme".

    "L'Amant anonyme" est le seul opéra intégralement conservé parmi toutes les oeuvres retrouvées du chevalier de Saint-George.

      

     

    L'auteur rappelle que musique et maçonnerie vivent en symbiose. Les franc-musiciens bouleversent les dogmes établis par la féodalité.

     

     

    En 1780, Saint-George est le premier noir à entrer dans la franc-maçonnerie à la "Loge des neuf soeurs".

     

    De même, il fut membre de l'atelier de musique du "Contrat social" et en 1781 membre du "Concert de la loge olympique" nouvellement crée.

     

    Son ami le duc de Chartres qui deviendra duc d'Orléans en 1785, fut le grand maître du "Concert de la loge olympique" qui dépend des fondations du Grand orient de France.

     

     

    Ce dernier atelier "L'Olympique de la parfaite estime" prend en main le flambeau du "Concert des amateurs" fermé pour raisons financières et nomme Saint-George à la direction.

     

    La loge Olympique compte en son sein jusqu'à 70 instrumentistes, la plus grande formation moderne de l'histoire de la musique à cette période.

     

     

    L'auteur précise que l'élégant Joseph désire que ses franc-musiciens fassent honneur à son noble public.

    Ses musiciens sont alors richement drapés, l'épée au côté, signe distinctif de la noblesse ou de leur appartenance maçonnique, le chapeau à plumes sur la banquette.

     

     

      Quatuor à cordes en sol majeur, sol n° 071 - Saint-George

     

     

    L'auteur explique :

    "Un concert ne saurait être dignement tenu sans un important public féminin".

     

    C'est ainsi que la loge de l'Olympique accepte en son sein une loge d'adoption qui constituera un public composé uniquement de femmes appartenant à la noblesse. Elles sont au nombre de 125.

     

     

     Au départ, les concerts et répétitions ont lieu au Palais-Royal puis s'installent dès 1785 dans la salle des gardes des Tuilleries. 

     

     

    Les franc-musiciens révolutionnent un nouveaux face à face orchestral. La "Symphonie concertante" laisse une large place aux duo, trio ou quatuor en des dialogues complices et distrayants, chaperonnés par l'orchestre.

     

     

    Quatuor à cordes en si bémol majeur, sol n°067 - Saint-George

     

     

    L'auteur parle de, je cite :

    "C'est une sorte de féerie musicale qui emplit les oreilles de joie. Cette musique, incarnation de l'aspiration à la fraternité sans cesse réclamée dans les loges, est gaie.

    Elle veut donner du bonheur, du bien-être. Elle est une incitation à l'optimisme, au rêve d'une société meilleure, dans ce monde qui change à vue d'oeil.

    La complexité évidente entre les pupitres contient un message : "aime les autres et tu t'aimeras toi-même".

    Il faudra attendre un siècle et demi, le jazz et ses "boeufs", pour retrouver ce même esprit ludique fait d'échange, de complémentarité et de complicité".

     

    Le chevalier Saint-George est devenu un compositeur accompli, il ne se limite pas à composer uniquement pour violon mais aussi des concertos pour clarinette, pour basson et même pour piano. Ses compositions sont jouées dans toute l'Europe, jusqu'à la cour du roi de Prusse. 

     

     

    Il dirige également les partitions des autres grands compositeurs, c'est ainsi qu'il fut amené à partir pour Vienne proposer à Josef Haydn de composer pour "L'Olympique de la parfaite estime", le succès est au rendez-vous :

    "Haydn composera 6 symphonies parisiennes pour lesquelles Saint-George organise les répétitions, dirige leur création, à la fin de l'année 1787...

    ... La création des "Symphonies parisiennes" du maître Haydn sacre Saint-George chef incontesté du premier grand orchestre moderne, écrit l'auteur"...

     

     

    Avant-gardiste, Saint-George produira une musique qui donnera un tout autre visage à la romance.

    Ses romances sont dès lors jouées dans les rues, salles de concert et salons dans toute l'Europe. 

    En effets, ses mélodies peuvent être accompagnée indifféremment par un orchestre, un piano, une harpe ou une guitare précise Guédé.

     

     

    Sonate pour clavecin en sol mineur, n° 2 - Saint-George

    Index 

     

     

    • L'assaut d'armes à Londres en présence du Prince de Galles

    A l'occasion d'un séjour à Londres, un ami commun à Saint-George et au Duc d'Orléans, en l'occurrence le Prince de Galles "Georges IV", organise une rencontre en avril 1787 devant une assemblée des escrimeurs de tout l'Europe, entre le "Chevalier Saint-George" et un autre escrimeur de renom le "Chevalier d’Éon de Beaumont".

     

     

    Cette rencontre restera gravée dans l'histoire grâce entre autre au tableau  peint par Charles Jean Robineau. L'accoutrement  singulier du chevalier d’Éon inspira à Saint-George un opéra qu'il nomme « La Fille Garçon », qu'il présentera en août 1787.

     

    Duel chevalier Saint-George et d'Eon

    L'assaut d'armes entre le Chevalier de Saint-George

    et le Chevalier d'Eon de Beaumont

    Index 

     

     

     

    La fin de sa vie et son entrée dans l'histoire

    Saint-George meurt à Paris le 10 juin 1799 d'un ulcère à la vessie. Les journaux de l'époque saluent la mémoire du fameux chevalier de Saint-George et le surnomme 3 ans après sa mort le "Mozart noir".

     

     

    Ses œuvres sont en partie détruites au moment de l'établissement de l'esclavage par "Napoléon".

    La musique de Saint-George est peu à peu oubliée pour être redécouverte 2 siècles plus tard.

     

     

       

    Concerto pour violon en ré majeur, opus 3, n° 1

    Saint-George

     

     

    Alexandre Dumas s'inspire du Chevalier de Saint George dans le personnage d'Aramis pour écrire "Les Trois Mousquetaires", le personnage "Porthos" est son camarade d'armes, le Général Dumas.

     

     

    Honoré de Balzac en 1838 écrira en parlant du héros de son livre le "Cabinet des antiques":

    "Il maniait l'épée comme un Saint-George"

     

     

    Roger de Beauvoir fait en 1840 aussi honneur au chevalier de Saint-George dans son roman "Le Chevalier de Saint-Georges".

     

     

    En 2001 la ville de Paris débaptise la rue Richepanse, (général ayant rétabli l’esclavage à la Guadeloupe sur ordre de Napoléon Bonaparte), qui devient  "Rue du Chevalier-de-Saint-George".

     

     

    Un spectacle nocturne de feux et lumière "Le Chevalier de Saint-George, un Africain à la Cour"  fut donné dans les jardin de Versailles par Bartabas et son académie équestre accompagné de la troupe de danseurs et joueurs de gwo ka (percussionnistes) "Balkouta" de la Guadeloupe.  

     Index 

     

     

      

    Cit'action

    A quoi que ce soit que l'homme s'applique,

    la nature l'y destinait.

    Denis Diderot

       

       Le chevalier de Saint-George

    Fleur du Tulipier du Gabon (Spathodea campanulata)

    caressée par l'eau rafraîchissante de la rivière de l'Alma

    de la route de la Trace à Fort de France

     

    Index 

     

     

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