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Révolution verte urbaine
Révolution verte urbaine Part1
Un petit retour historique
A la révolution dans les années 60, puis après la chute du communisme dans les années 90, Cuba a transformé de grandes parcelles en petites surfaces menées en polyculture pour cause d'embargo dès les années 70.
Cuba a donc mené une politique qui :
Une crise sans précédant s'en est suivie
Par souci de nourrir la population, une grande réforme agraire s'est imposée, une agriculture de subsistance urbaine est née.
Ce changement involontaire a toutefois permis à Cuba de se tourner vers de nouvelles techniques de productions naturelles étant donné que se raréfiaient pétrole, engrais et pesticides.
Dès lors, des techniciens et chercheurs se sont penchés vers d'autres alternatives puisant dans toutes les techniques culturales ancestrales ainsi que celles existant dans le monde.
La population a été invitée à remettre en pratique en ville comme à la campagne différentes techniques ancestrales.
Pour ce faire a été décidé, l'octroi gratuit de terres agricoles à tous ceux qui le désiraient.
Parallèlement fut menée une politique de vulgarisation d'information et de formation de la population au maraîchage.
L'objectif était l'autosuffisance alimentaire des villes, grâce à une production de proximité de légumes frais et sains en limitant les déplacements (absence de carburant, coût des transports) de légumes produits à la campagne vers la ville.
C'est ainsi que la vente directe sur le lieu de production s'est considérablement développée.
Des micro-potagers biologiques sont nés en maximisant les rendements et en minimisant les dépenses énergétiques et financières.
Potager bio-intensif
A la Havane, les années 90 ont vu la résurgence du "potager traditionnel", par soucis d'un gain de place, de productivité élevée et diversifiée.
Nommé "Potager bio-intensif", la base de cette tradition est la technique ancienne d'association culturale réalisée sur les petites parcelles urbaines au sein de la ville.
L'ensemble des cultures maraîchères est installé sur planches permanentes menées grâce entre autre aux déchets organiques.
Pullulent des "Jardins organiques" appelés "Organoponico", l'agriculture urbaine et périurbaine prend des lors de l'ampleur.
Une ancienne pratique fut remise au goût du jour et pris une considérable ampleur à Cuba. Cette pratique ne crée aucune pollution, aucun compactage du sol. Elle consiste à travailler la terre avec une charrue tirée par des bœufs.
Aux deux grands intérêts agro-écologiques de l'agriculture biologique intensive à Cuba, se sont greffés d'autres atouts liant l'alimentaire à la thérapeutique en passant par un lien social éducatif fort.
C'est ainsi que les anciens, femmes, hommes et jeunes ont tissé des ponts entre eux en participant main dans la main au travail de la terre avec joie, amour et charité sociale retrouvée:
Dès lors, le maraîchage est devenu une activité et un métier noble, respecté et lucratif.
A l'instar des pays développés, un paysan Cubain qui nourrit la population gagne correctement sa vie.
Révolution verte urbaine Part2
Les plantes médicinales
Cuba produit des plantes médicinales souvent utilisées pour la population en infusion et décoction.
Ces même plantes servent à élaborer des teintures mères pour les pharmacies, cliniques, écoles...
Différentes plantes comme l'origan, marjolaine, camomille, thym sont produites, néanmoins la menthe reste une des plantes phare les plus demandée comme antispasmodique.
Elle rentre dans la composition de cocktails dans les hôtels et bar de l'île.
Le fameux "Mojito" à base de rhum "Havana Club" et d'une branche de menthe et de citron créole en est un.
Fabrication de fertilisants en compostage
Des fermes sur le mode polyculture-élevage produisent leur propre fertilisation organique grâce à la fabrication de compost de fumier, de lombric-compost de fumier et d'humus de lombrics.
Il est élaboré par alternance de couches successives de fumier et de déchets végétaux, jusqu'à une hauteur de 1 à 1.5 m.
Au fur et à mesure de l'ajout de couches différentes, un arrosage est effectué.
La durée du compostage de ce compost de fumier est de 6 mois.
La technique est très simple, une couche de fumier de bovin est disposée à l'ombre des arbres auquelle est ajoutée des lombrics.
Chaque semaine, selon l'état de décomposition de la matière organique est ajoutée une nouvelle couche de fumier de bovin.
Les couches sont surveillées et humidifiées afin de maintenir un taux d'humidité entre 70 et 80%.
Les ondins ainsi formés restent durant 2 à 3 mois avant de devenir de lombric-compost utilisable pour les semis.
L'humus de lombrics est fabriqué à partir de la décomposition de tas d'ondins de déchets organiques par ajout de lombrics.
Des centres d'essais, semblables à la ferme urbaine "UBPC Vivero Organoponico Alamar" et des coopératives agricoles ont effectués de nombreux essais de semis sur substrats.
Il en ressort d'excellents substrats de culture pour semis utilisés en diverses combinaisons:
En règle générale, le lombric-compost rentre dans la composition de substrat de semis tandis que les composts et l'humus de lombrics servent à amender la terre des planches.
Leur technique privilégiée est le semis en serre dans des plateaux multicellulaires.
Les plantules de qualité optimale sans maladies ni ravageurs, sont transplantés en pleine terre avec un taux de réussite de 100%, leur système racinaire étant dans ce substrat de lombric-compost bien développé.
Les plantules restent sous serre à semis entre 25 ou 30 ou bien 50 jours selon le type de plantules.
Par souci de productivité et de disponibilité, 2 graines sont semées dans le même compartiment du plateau.
Ainsi 2 plantules poussent ensemble, le premier ira à la transplantation, le second remis dans un autre plateau attendra d'être transplanté un peu plus tard.
L'auto-suffisance alimentaire
Révolution verte urbaine Part3
L'auto-suffisance alimentaire passe par les associations culturales, la diversification, la distribution et la sauvegarde des semences.
Associations culturales
Plusieurs modes d'associations culturales poly-culturales sont mises en oeuvre afin de maximiser à son optimum l'espace disponible et de fournir des récoltes échelonnées et riches en diversité toute l'année:
Il en résulte une réappropriation par la population des fruits locaux et une augmentation de la consommation légumes traditionnels riches en vitamines et éléments nutritifs.
De même, il en résulte un incroyable retournement de rôle.
En effet, l'agriculture urbaine enseigne aux paysans de la campagne les façons culturales associatives oubliées au fil des années.
Cette agriculture intensive bio de proximité entre dans une ligne droite philosophique d'une vie saine, calme et agréable.
Je cite quelques termes de ce documentaire qui à mon sens représentent indéniablement les mots clefs de l'utilité de l'agriculture bio intensive pratiquée à Cuba:
Culture de champignons comestibles
Dans cet esprit d'intensification, de diversité culturales et comme disait Lavoisier "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme".
Les paysans Cubains apprennent à conserver et utiliser leurs résidus de cultures tel des feuilles de bananiers, afin d'en faire un substrat de compost utilisé pour la culture de champignons comestibles au bout de 21 jours de culture (pleurote).
Les paysans se procurent des sacs de millet colonisés en champignons auprès d'un centre de conservation de collection de cultivars de champignons, l'"INIFAT" crée en 1975.
Conservation et vulgarisation des semences
Bien sûr, la souveraineté et indépendance alimentaire passe par la conservation des semences de variétés locales, en auto-approvisionnement, en s'affranchissant des firmes et ce, en produisant sur l'ensemble du territoire Cubain afin de limiter les pertes dû à la sécheresse, cyclone ou maladies.
Des centres de recherches et instituts produisent des semences biologiques qui sont distribuées à des unités de productions pour être ensuite vendues aux paysans et à la population via une entreprise de semences dans un réseau de magasin de l'agriculture urbaine.
Contrôle biologique du parasitisme et épidémies
Le contrôle biologique du parasitisme et des épidémies passe par:
Cuba s'appuie sur le concept de base de la permaculture afin de fournir une agriculture bio intensive en équilibre fonctionnel avec la nature:
Projet Devag
Fort de l'exemplarité Cubaine, le projet Devag est né en 2009.
Programmé pour 4 ans, il est basé sur un réseau Caribéen d'échange de savoir-faire entre Cuba, Haïti, la Martinique et la Guadeloupe.
Devag est donc un projet de recherche et de développement de productions fruitières et légumières agroécologiques et biologiques dans la Caraïbe qui a pour objectif de produire des productions fraîches et saines pour les marchés locaux.
Comment Cuba survécut en 1990 sans pétrole
Cit'action
Face à un système qui confisque
le droit des peuples à se nourrir par eux-mêmes,
l'agroécologie est une alternative éthique et réaliste,
un acte de légitime résistance,
qui permet l'autonomie des populations
et la préservation de leurs patrimoines nourriciers
Pierre Rabhi