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Cent poèmes d'Aimé Césaire

 

 

Aimé césaire qui es-tu?

 

Mon texte en hommage à ce grand homme

 

 A I M E

Aimé et apprécié de tous, poète, engagé en politique,

tu représentes la Martinique

Insolite et imprévisible, tu mets sur pages blanches,

à l’encre noire, tes pensées en textes lyriques

Montrant la condition des noirs, "Cahier d’un retour au pays natal" dénonce les attitudes

Esprit libre, tu transformes la honte du nègre en fierté, par ce courant littéraire et politique, la négritude

 

 

C E S A I R E

Comme un père, tu instruis, nourris et loges les campagnards exilés en les installant sur les hauts

 En communion avec l’Afrique, tu embrasses, rétablis l’identité culturelle créole et allumes le flambeau

 Sur les bancs de l’assemblée, tu donnes ta définition de l’égalité

Ambassadeur de paix, par ta poésie tu véhicules la justice ; et lumière noire, tu éclaires l’opprimé

Icône, beauté du langage, force poétique, tu donnes à penser par le théâtre, tu as ce charisme

 Réveilleur de conscience, tu dénonces les crimes par ce pamphlet, discours sur le colonialisme

 En Césaire, habite le poète du métissage culturel et l’humaniste ; tu es nègre fondamental

  
 

HOMMAGE

 Humaniste

 Oeuvre

 Militant

 Médiateur

 Audacieux

 Génie

 Evocateur

 

 


Aimé Césaire, une île d'avance 

Documentaire France Ô 

 Index 

 

 

 

Les poèmes d'Aimé Césaire sur support livre et CD  

Voici un panel des poèmes d'Aimé Césaire que j'affectionne, une invitation au voyage dans cette nature tropicale qu'il appréciait tant... que je vous invite à partager.

 

Césaire a le verbe haut en nature, de la botanique à la géologie, Césaire décrit et transcrit la nature qu'il aime à travers ses poèmes.

 

Ces poèmes sont issus principalement du livre "Cent poèmes d'Aimé Césaire" de Daniel Maximin aux Ed. Omnibus.

 

 

Cent poèmes d'Aimé Césaire

 "Cent poèmes d'Aimé Césaire"

 

Les poèmes d'Aimé Césaire ont été mis en musique par Tony Chasseur sur CD intitulés "Insurrection perlière" Vol. 1 et Vol. 2. 

Les artistes ayant participé à ce projet sont Guillaume et Jacky Bernard, Mario Canonge, Tony Chasseur, Chris Combette, Thierry Fanfant, Jean-Christophe Maillard, Alain Ravaud, Chyco Siméon, Thierry Vaton...ect.

Je vous recommande ces deux volumes, je les écoute avec délice!

 

 

Insurrection perlière vol1 et 2

Insurrection perlière titres

CD  "Insurrection perlière"

 (Cliquez sur les images pour les agrandir)

Index  

 

 

 

 

Place aux poèmes

J'ai capté les photos qui agrémentent les textes d'Aimé Césaire, principalement à l'aéroport Aimé Césaire et en centre ville de Fort de France.

Celles de l'aéroport forment un très beau travail de juxtaposition de visages!

 

 

Aimé Césaire, Embrasse-moi

Index  

  

 

 

  • Moi, laminaire : Transmission

 Le surplus,

je l’avais distribué aux rides des chemins

à l’acharnement des ravins

les forces ne s’épuisent pas si vite

quand on n’en est que le dépositaire fragile.

qui combien aux prix de quels hasards

les avaient amassées?

un signe

un rien

une lueur au bas du ciel

une flamme née du sol

un tremblement de l’air

le signe que rien n’est mort

je hurlais:

vous n’avez pas le droit de laisser couper

le chemin de la transmission

je hurlais:

la bouffonnerie des neurones

suffit à mettre hors de cause l’état de la caldéira

je hurlais au violent éclatement

cependant le temps me serpait dur

jusqu’à la racine intacte.

 

Cadastre - Moi laminaire d'Aimé Césaire

 Moi laminaire

 

 

Aimé Césaire, Nos ciels impatients

Index

 

 

  • Comme un malentendu de salut : Parole due

 Combien de fleuves

de montagnes

de mers

de désastres

penser combien de siècles

les forêts

parole due:

l'enlisement s'enroule

seul le dur est arable

danse mémoire danse éligible

l’invivable en son site

Avance devance

laisse à l'horizon s'assoupir la caravane des mornes

le lion au nord qu'il éructe ses entrailles

au carrefour parmi la lave qui trop vite refroidit

tu rencontreras l 'enfant

c'est le vent qu'il s'agit

de l'élan du poumon accompagne-le longtemps

avance

en chemin

sans écarter les chiens

le vent par toi vivant par toi-même les acharne

de tout ce que de montagne il s'est bâti en toi

construis chaque pas déconcertant

la pierraille sommeilleuse

ne dépare pas le pur visage de l’avenir

bâtisseur d’un insolite demain

que ton fil ne se noue

que ta voix ne s’éraille

que ne confinent tes voies

Avance

Index

 

 

 

  • Moi, laminaire : Algues

La relance ici se fait

par le vent qui d’Afrique vient

par la poussière d’alizé

par la vertu de l’écume

et la force de la terre

nu

l’essentiel est de se sentir nu

de penser nu

la poussière d’alizé

la vertu de l’écume

et la force de la terre

la relance ici se fait par l’influx

plus encore que par l’afflux

la relance

se fait

algue laminaire

 

 

 

Aimé Césaire, Je suis attente

Index

 

 

  • Moi, laminaire : Dorsale bossale

Il y'a des volcans qui se meurent

Il y'a des volcans qui demeurent

Il y'a des volcans qui ne sont là que pour le vent

Il y'a des volcans fous

Il y'a des volcans ivres à la dérive

Il y'a des volcans qui vivent en meutes et patrouillent

Il y'a des volcans dont la gueule émerge de temps en temps

véritables chiens de la mer

Il y'a des volcans qui se voilent la face

toujours dans les nuages

Il y'a des volcans vautrés comme des rhinocéros fatigués

dont on peut palper la poche galactique

Il y a des volcans pieux qui élèvent des monuments

à la gloire des peuples disparus

Il y'a des volcans vigilants

Il y'a des volcans qui aboient,

montant la garde au seuil du Kraal des peuples endormis

Il y'a des volcans fantasques qui apparaissent et disparaissent

(ce sont jeux lémuriens)

Il ne faut pas oublier ceux qui ne sont pas les moindres

les volcans qu'aucune dorsales n'a jamais repérés

et dont la nuit les rancunes se construisent

Il y'a des volcans dont l'embouchure est à la mesure

exacte de l'antique déchirure

 

 

 

Aimé Césaire, Mon temps vendra

Index

 

 

  • Moi, laminaire : La force de regarder demain

 Les baisers des météorites

le féroce dépoitraillement des volcans à partir

de jeux d'aigle

la poussée des sous-continents arcs-boutés

eux aussi aux passions sous-marines

la montagne qui descende ses cavalcades à grand galop

de roches contagieuses

ma parole capturant des colères

soleils à calculer mon être

natif natal

cycopes violets des cyclones

n'importe l'insolent tison

silex haut à brûler la nuit

épuisée d'un doute à renaître

la force de regarder demain

 

 

 

Aimé Césaire, L'heure de nous même

Index

 

 

 

  • Moi, laminaire : Faveur

Je croise mon squelette

qu’une faveur de fourmis manians porte à sa demeure

(tronc de baobab ou contrefort de fromager)

il va sans dire que j’ai eu soin de ma parole

elle s’est blottie au coeur d’un nid de lianes

noyau ardent d’un hérison végétal

c’est que je l’ai instruite depuis longtemps

à jouer avec le feu entre les feux

et à porter l’ultime goutte d’eau sauvée

à une quelconque des lointaines ramifications du soleil

soleil sommeil

quand j’entendrai les premières caravanes de la sève

passer

peinant vers les printemps

être dispos encore

vers un retard d’îles éteintes et d’assoupis volcans

Index

 

 

 

  • Moi, laminaire : Mot-macumba

Le mot est père des saints

le mot est mère des saints

avec le mot « couresse » on peut traverser un fleuve

peuplé de caïmans

il m’arrive de dessiner un mot sur le sol

avec un mot frais on peut traverser le désert

d’une journée

il y a des mots bâton-de-nage pour écarter les squales

il y a des mots iguanes

il y a des mots subtils ce sont des mots phasmes

il y a des mots d’ombre avec des réveils en colère

d’étincelles

il y a des mots Shango

il m’arrive de nager de ruse sur le dos d’un mot dauphin

Index

 

 

 

  • Cadastres : Soleil et eau

Mon eau n’écoute pas

mon eau chante comme un secret

Mon eau ne chante pas

mon eau exulte comme un secret

Mon eau travaille

et à travers tout roseau exulte

jusqu’au lait du rire

Mon eau est un petit enfant

mon eau est un sourd

mon eau est un géant qui te tient sur la poitrine un lion

ô vin

vaste immense

par le basilic de ton regard complice et somptueux

 

 Cadastre - Moi laminaire d'Aimé Césaire

 Cadastre

 

 

 

 

  • Comme un malentendu de salut : Vertu des lucioles

Ne pas désespérer des lucioles

je reconnais là la vertu.

les attendre les poursuivre

les guetter encore.

le rêve n’est pas de les fixer flambeaux

ni qu’elles se répondent en des lumières non froides

je suis d’ailleurs sûr que la reconversion se fait

quelque part pour tous ceux

qui n’ont jamais accepté cette stupeur de l’air

la communication par hoquets d’essentiel

j’apprécie qu’elle se fasse à tâtons

et par paroxysme

au lieu de quoi elle sombrerait inévitablement

dans l’inepte bavardage de l’ambiant marécage

 

 

 

Aimé Césaire, Ecoutez

Index

 

 

 

  • Ferrements : Pour saluer le Tiers Monde

Ah!

mon demi-sommeil d'île si trouble

sur la mer !

Et voici de tous les points du péril

l'histoire qui me fait le signe que j'attendais,

Je vois pousser des nations.

Vertes et rouges, je vous salue,

bannières, gorges du vent ancien,

Mali, Guinée, Ghana

et je vous vois, hommes,

point maladroits sous ce soleil nouveau !

Ecoutez :

de mon île lointaine

de mon île veilleuse

je vous dis Hoo !

Et vos voix me répondent

et ce qu'elles disent signifie : « Il y fait clair ». Et c'est vrai :

même à travers orage et nuit pour nous il y fait clair…

Et je redis : Hoo mère !

et je lève ma force

inclinant ma face.

Oh ma terre !

que je me l'émiette doucement entre pouce et index

que je m'en frotte la poitrine, le bras,

le bras gauche, que je m'en caresse le bras droit.

Hoo ma terre est bonne,

ta voix aussi est bonne

avec cet apaisement que donne

un lever de soleil !

Terre, forge et silo. Terre enseignant nos routes,

c'est ici, qu'une vérité s'avise,

taisant l'oripeau du vieil éclat cruel.

Vois:

l'Afrique n'est plus

au diamant du malheur

un noir cœur qui se strie ;

notre Afrique est une main hors du ceste,

c'est une main droite, la paume devant

et les doigts bien serrés ;

c'est une main tuméfiée,

une-blessée-main-ouverte,

tendue,

brunes, jaunes, blanches, à toutes mains,

à toutes les mains blessées

du monde.

 

 

Ferrements d'Aimé Césaire

Ferrements

 

 

Aimé Césaire, Ma race

Index

 

 

 

  • Moi, laminaire : Calendrier lagunaire

J’habite une blessure sacrée

j’habite des ancêtres imaginaires

j’habite un vouloir obscur

j’habite un long silence

j’habite une soif irrémédiable

j’habite un voyage de mille ans

j’habite une guerre de trois cent ans

j’habite un culte désaffecté entre bulbe et caïeu

j’habite l’espace inexploité

j’habite du basalte non une coulée

mais de la lave le mascaret

qui remonte la calleuse à toute allure

et brûle toutes les mosquées

je m’accommode de mon mieux de cet avatar

d’une version du paradis absurdement ratée

- c’est bien pire qu’un enfer-

j’habite de temps en temps une de mes plaies

chaque minute je change d’appartement

et toute paix m’effraie

tourbillon de feu

ascidie comme nulle autre pour poussières

de mondes égarés

ayant craché volcan mes entrailles d’eau vive

je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets

j’habite donc une vaste pensée

mais le plus souvent je préfère me confiner

dans la plus petite de mes idées

ou bien j’habite une formule magique

les seuls premiers mots

tout le reste étant oublié

j’habite l’embâcle

j’habite la débâcle

j’habite le pan d’un grand désastre

j’habite souvent le pis le plus sec

du piton le plus efflanqué- la louve de ces nuages-

j’habite l’auréole des cétacés

j’habite un troupeau de chèvres tirant sur la tétine

de l’arganier le plus désolé

à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte

bathyale ou abyssale

j’habite le trou des poulpes

je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe

frères n’insistez pas

vrac de varech

m’accrochant en cuscute

ou me déployant en porona

c’est tout un

et que le flot roule

et que ventouse le soleil

et que flagelle le vent

ronde bosse de mon néant

la pression atmosphérique ou plutôt l’historique

agrandit démesurément mes maux

même si elle rend somptueux certains de mes mots.

 

 

 

 Extrait du Calendrier lagunaire,

voix Nicole Dogué, composition Tony Chasseur,

"Insurrection perlière Vol 1"

 

 

Aimé Césaire Et je dis que ma parole

Index

 

 

 

  • Les armes miraculeuses : Les pur-sang

Néant de jour

Néant de nuit

Une attirance douce

A la chair même des choses

Eclabousse.

Jour nocturne

Nuit diurne

qu’exsude

la Plénitude

Ah

"Le dernier des soleils tombe.

où se couchera t'il sinon en moi ?

A mesure que se mourrait toute chose,

je me suis, je me suis élargi - comme le monde -

et ma conscience plus large que la mer !

Dernier soleil.

J'éclate. Je suis le feu. Je suis la mer.

Le monde se défait. Mais je suis le monde

La fin, la fin disons-nous.

Quelle sottise. Une paix proliférante

d’obscures puissances.

Branchies opacules palmes syrinx pennes.

Il me pousse invisibles et instants par tout le corps,

secrètement exigés, des sens,

et nous voici pris dans le sacré

tourbillonant ruissellement primordial

au recommencement de tout.

La sérénité découpe l'attente en prodigieux cactus.

Tout le possible sous la main.

Rien d’exclu.

Et je pousse, moi, l’homme

stéatopyge assis

en mes yeux des reflets de marais, de honte,

d’acquiescement

- pas un pli d’air ne bougeant aux

échancrures de ses membres -

Sur les épines séculaires

je pousse, comme une plante

sans remords et sans gauchissement

vers les heures dénouées du jour

pur et sûr comme une plante

sans crucifiement

vers les heures dénouées du soir

La fin !

Mes pieds vont le vermineux cheminement

plante

mes membres ligneux conduisent d’étranges sèves

plante plante

et je dis

et ma parole est paix

et je dis et ma parole est terre

et je dis

et

la joie

éclate dans le soleil nouveau

et je dis :

par de savantes herbes le temps glisse

les branches picoraient une paix de flammes vertes

et le terre respira sous la gaze des brumes

et la terre s'étira. Il y eut un craquement

à ses épaules nouées.

Il y eut dans ses veines un pétillement de feu.

Son sommeil pelait comme un goyavier d'août

sur de vierges îles assoiffées de lumière

et la terre accroupie dans ses cheveux

d'eau vive

au fond de ses yeux attendit

les étoiles.

« dors, ma cruauté », pensai-je

L’oreille collée au sol, j’entendis

Passer Demain.

 

 

 Les armes miraculeuses d'Aimé Césaire

 Les armes miraculeuses

 

 

Aimé Césaire, mes yeux

Index

 

 

 

  • Soleil cou coupé : La roue

La roue est la plus belle découverte de l'homme et la seule

il y a le soleil qui tourne

il y a la terre qui tourne

il y a ton visage qui tourne sur l'essieu de ton cou quand

tu pleures

mais vous minutes n 'enroulerez-vous pas sur la bobine à

vivre le sang lapé

l'art de souffrir aiguisé comme des moignons d'arbre par les

couteaux de l'hiver

la biche saoule de ne pas boire

qui me pose sur la margelle inattendue ton

visage de goélette démâtée

ton visage

comme un village endormi au fond d'un lac

et qui renaît au jour de l'herbe et de l'année

germe

Index

 

 

 

  • Une tempête

J'ai déraciné le chêne, soulevé la mer,

ébranlé la montagne, et bombant

ma poitrine contre le sort contraire,

j'ai répondu à Jupiter foudre pour foudre.

Mieux ! De la brute, du monstre, j'ai fait l'homme !

Mais oh !

D'avoir échoué à trouver le chemin

du cœur de l'homme, si du moins c'est là l'homme.

 

 

 

Aimé Césaire, Ma bouche

Index

 

 

 

  • Cahier d'un Retour au pays natal

...Partir.

Mon cœur bruissait de générosités emphatiques.

Partir

j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et

je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair :

« J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte...

 

Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».

Et je lui dirais encore :

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche,

ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :

« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme,

gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur,

car la vie n'est pas un spectacle,

car une mer de douleurs n'est pas un proscenium,

car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

 

Et voici que je suis venu ! ...

 

... Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

que je n’entende ni les rires ni les cris, les yeux fixés

sur cette ville que je prophétise, belle,

donnez-moi la foi du sauvage du sorcier

donnez à mes mains puissance de modeler

donner à mon âme la trempe de l'épée

je ne me dérobe point.

Faites de ma tête une tête de proue

et de moi-même mon cœur,

ne faites ni un père, ni un frère, ni un fils,

mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

comme le poing à l’allongée du bras!

Faites-moi commissaire de son sang

faites-moi dépositaire de son ressentiment

faites de moi un homme de terminaison

faites de moi un homme d’initiation

faites de moi un homme de recueillement

mais faites aussi de moi un homme d’ensemencement

faites de moi l’exécuteur de ces œuvres hautes

voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme

Mais les faisant, non cœur, préservez-moi de toute haine

ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n'ai que haine

car pour me cantonner en cette unique race

vous savez pourtant mon amour tyrannique

vous savez que ce n'est point par haine des autres races

que je m'exige bêcheur de cette unique race

que ce que je veux,

c’est pour la faim universelle

pour la soif universelle

la sommer libre enfin

de produire de son intimité close

la succulence de fruits.

Et voyez l’arbre de nos mains !

il tourne, pour tous, les blessures incises

en son tronc

pour tous le sol travaille

et griserie vers les branches de précipitation parfumée !

Mais avant d’aborder aux futurs vergers

donnez-moi de les mériter sur leur ceinture de mer

donnez-moi mon cœur en attendant le sol

donnez-moi sur l’océan stérile

mais où caresse la main la promesse de l’amure

donnez-moi sur cet océan divers

l’obstination de la fière pirogue

et sa vigueur marine...

 

... Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi,

les cheveux dans le vent,

ma main petite maintenant dans son poing énorme

et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous,

dans une voix qui vrille la nuit

et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique.

Et la voix prononce que l’Europe

nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,

car il n’est point vrai que l’oeuvre de l’homme est finie

que nous n’avons rien à faire au monde

que nous parasitons le monde qu’il suffit

que nous nous mettions au pas du monde

mais l’oeuvre de l’homme vient seulement de commencer

et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur

et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force

et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête

et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre

éclairant la parcelle qu’à fixée notre volonté seule

et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite...

 

 

Cahier d'un retout au pays natal Aimé Césaire

Cahier d'un retour au pays natal 

 

 

Dans l'article consacré au "Chanté Noël" rubrique "Racine" vous apprécierez un nouvel extrait du cahier d'un retour au pays natal  : "Noël n'était pas comme toutes les fêtes...  ".

 

  


 Cahier d'un retour au pays natal

 

 

Aimé Césaire, Je viendrai

 Index  

 

  

Je terminerais par ce très beau poème non pas de Césaire mais de Léon-Gontran Damas, poème dédié à Aimé Césaire :

 

Recueil : Pigments Névralgies : Solde

J'ai l'impression d'être ridicule

Dans leurs souliers

Dans leurs smoking

Dans leur plastron

Dans leur faux-col

Dans leur monocle

Dans leur melon

J'ai l'impression d'être ridicule

Avec mes orteils qui ne sont pas faits

Pour transpirer du matin jusqu'au soir qui déshabille

Avec l'emmaillotage qui m'affaiblit les membres

Et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe

J'ai l'impression d'être ridicule

avec mon cou en cheminée d'usine

avec ces maux de tête qui cessent

chaque fois que je salue quelqu'un

J'ai l'impression d'être ridicule

dans leurs salons

dans leurs manières

dans leurs courbettes

dans leur multiple besoin de singeries

J'ai l'impression d'être ridicule

avec tout ce qu'ils racontent

jusqu'à ce qu'ils vous servent l'après-midi

un peu d'eau chaude

et des gâteaux enrhumés

J'ai l'impression d'être ridicule

avec les théories qu'ils assaisonnent

au goût de leurs besoins

de leurs passions

de leurs instincts ouverts la nuit

en forme de paillasson

J'ai l'impression d'être ridicule

parmi eux complice

parmi eux souteneur

parmi eux égorgeur

les mains effroyablement rouges

du sang de leur ci-vi-li-sa-tion

Index

 

 

 

Cit'Action

« J'ai plié la langue française à mon vouloir-dire »

Aimé Césaire

 

Aechmea fasciata

Resplendissante fleur de Broméliacées (Bilbergia Pyramidalis),

au Parc Culturel Aimé Césaire de Fort de France!

 Index

 

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U
Merci de partager ces extraits de poèmes d'Aimé Césaire et le poème de Léon-Gontran Damas en hommage à Césaire. Aimé Césaire était un écrivain et poète majeur de la négritude, et ses œuvres ont eu un impact significatif sur la littérature francophone et la compréhension de la négritude comme mouvement culturel et littéraire. Les extraits que vous avez partagés reflètent sa passion pour la Martinique, la nature, la culture créole et les questions sociales, ainsi que son engagement en faveur de la justice et de l'égalité. Merci pour cette belle contribution à la célébration de son œuvre.
Répondre
J
Bonjour Sam, merci pour ces belles réflexions! En effet, c'est bien plus réjouissant et exaltant d'être acteur de sa vie qu'esclave des désirs d’autrui, qui inéluctablement laissera la place à un sentiment de grande frustration, ouvrant la voie à de désordres psychologiques et physiologiques.<br /> La volonté des autres ne nous correspondra jamais étant donné que chaque être humain est unique et de se fait se doit de suivre sa propre voie selon ses désirs propres.<br /> Néanmoins, se reposer sur les pensées et savoirs des sages est important, Aimé Césaire en fait partie! Dans ce sens les lectures nous forgent le caractère et nous permettent de nourrir et murir notre réflexion.<br /> Mais en fin de compte, après toutes ces riches et instructives lectures, c'est uniquement notre propre choix qui importe, celui venant du cœur qui émane de notre intuition et nos ressentis. <br /> Je trouve les livres si fascinants et précieux que j'ai du mal à m'en séparer. Il m'arrive souvent de les relire à nouveau et de découvrir de nouvelles données auxquelles je n'avais pas prêtées attention. <br /> Bien à vous! Jacky
Répondre
S
Que ne perdons nous le temps à lire des livres qui ne nous aident en rien ou qui nous formatent et parfois nous déconstruisent pour nous préparer à ne jouer que le rôle que la société capitaliste infernale nous réserve à savoir celui d’esclave qui sert pour survivre ; heureusement qu’un jour on finit par tomber sur ces vrais livres de vie, qui nous permettent de mieux nous comprendre et de mieux aimer la vie ! Merci de me faire redécouvrir !
Répondre
J
Bonjour et merci Jean-Gaston pour votre pensée. Tout comme vous, durant mes années scolaires, j'ai été abreuvée d'auteurs Français de l'hexagone que j'ai grandement appréciés (les souvenirs poétiques sont encore bien présents dans ma mémoire), mais de même, j'aurai aimé apprendre une autre palette colorée et imagée d'auteurs Caribéens dans la mouvance Aimé Césaire.<br /> Grand merci à la ville de Fort de France pour avoir eu la merveilleuse idée d'afficher le long de la route les textes d'Aimé Césaire en grands formats en son hommage.<br /> En me rendant et en sortant du travail je prenais plaisir à jeter un coup d'œil attentif sur chaque brin de poèmes qui jalonnait mon parcours, ces quelques extraits m'ont ouvert l’appétit, je les vois encore dans ma mémoire. Bien à vous, Jacky
Répondre
J
Bonjour et merci pour m'avoir permis de redécouvrir Aimé Césaire, j'en ai la gorge nouée. Pendant ma scolarité primaire et surtout secondaire, accaparé par les auteurs imposés, je n'ai fait qu'effleurer Frantz Fanon, Senghor, Nkrumah (la liste est longue) et bien sûr Aimé Césaire.<br /> Le relire encore et encore, n'est-ce pas  rafraîchissant et sublime !<br /> Encore une fois, merci ! Jean-Gaston 
Répondre