• Cent poèmes d'Aimé Césaire

      

    Fleur de Broméliacées Fort de France MartiniqueAimé Césaire a écrit je cite : 

    " Le miracle d'une parole entendue par tous, quelle joie".

     

    Je me suis penchée sur les œuvres d'Aimé Césaire à l'occasion de sa disparition le 17 avril 2008, il avait 95 ans (1913-2008).

     

    Vous trouverez dans cet article des extraits de poèmes et textes d'Aimé Césaire que j'apprécie et qui me touchent.

     

    Fort de France lui a rendu un grand hommage, à juste titre en effet, il fut le maire de Fort de France durant 56 ans et conserva durant 48 ans son mandat de député.

     

     

    En parcourant la ville de Fort de France et l'aéroport "Aimé Césaire", j'ai pris de nombreuses photos de textes de Césaire inscrits sur grandes affiches et voulu écrire un petit texte d'hommage qui exprime mon sentiment à son égard.

     

     

     

    Index

     

    Aimé Césaire qui es-tu?

    Les poèmes d'Aimé Césaire sur supports livre et CD

    Place aux poèmes

    Recueil : Pigments Névralgies : Solde de Léon-Gotran Damas

    Cit'action

     

     

     

    Aimé césaire qui es-tu?

     Mon texte d'hommage

     

     A I M E

    Aimé et apprécié de tous, poète, engagé en politique,

    tu représentes la Martinique

    Insolite et imprévisible, tu mets sur pages blanches,

    à l’encre noire, tes pensées en textes lyriques

    Montrant la condition des noirs, "Cahier d’un retour au pays natal" dénonce les attitudes

    Esprit libre, tu transformes la honte du nègre en fierté, par ce courant littéraire et politique, la négritude

     

     

    C E S A I R E

    Comme un père, tu instruis, nourris et loges les campagnards exilés en les installant sur les hauts

     En communion avec l’Afrique, tu embrasses, rétablis l’identité culturelle créole et allumes le flambeau

     Sur les bancs de l’assemblée, tu donnes ta définition de l’égalité

    Ambassadeur de paix, par ta poésie tu véhicules la justice ; et lumière noire, tu éclaires l’opprimé

    Icône, beauté du langage, force poétique, tu donnes à penser par le théâtre, tu as ce charisme

     Réveilleur de conscience, tu dénonces les crimes par ce pamphlet, discours sur le colonialisme

     En Césaire, habite le poète du métissage culturel et l’humaniste ; tu es nègre fondamental

     

     

      Aimé Césaire - Un Nègre Fondamental

     

     

    HOMMAGE

     Humaniste

     Oeuvre

     Militant

     Médiateur

     Audacieux

     Génie

     Evocateur

     

     


    Aimé Césaire, une île d'avance 

    Documentaire France Ô 

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    Les poèmes d'Aimé Césaire sur support livre et CD  

    Voici un panel des poèmes d'Aimé Césaire que j'affectionne, une invitation au voyage dans cette nature tropicale qu'il appréciait tant... que je vous invite à partager.

     

    Césaire a le verbe haut en nature, de la botanique à la géologie, Césaire décrit et transcrit la nature qu'il aime à travers ses poèmes.

     

    Ces poèmes sont issus principalement du livre "Cent poèmes d'Aimé Césaire" de Daniel Maximin aux Ed. Omnibus.

     

     

    Cent poèmes d'Aimé Césaire

     "Cent poèmes d'Aimé Césaire"

     

    Les poèmes d'Aimé Césaire ont été mis en musique par Tony Chasseur sur CD intitulés "Insurrection perlière" Vol. 1 et Vol. 2. 

    Les artistes ayant participé à ce projet sont Guillaume et Jacky Bernard, Mario Canonge, Tony Chasseur, Chris Combette, Thierry Fanfant, Jean-Christophe Maillard, Alain Ravaud, Chyco Siméon, Thierry Vaton...ect.

    Je vous recommande ces deux volumes, je les écoute avec délice!

     

     

    Insurrection perlière vol1 et 2

    Insurrection perlière titres

    CD  "Insurrection perlière"

     (Cliquez sur les images pour les agrandir)

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    Place aux poèmes

    J'ai capté les photos qui agrémentent les textes d'Aimé Césaire, principalement à l'aéroport Aimé Césaire et en centre ville de Fort de France.

    Celles de l'aéroport forment un très beau travail de juxtaposition de visages!

     

     

    Aimé Césaire, Embrasse-moi

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    • Moi, laminaire : Transmission

     Le surplus,

    je l’avais distribué aux rides des chemins

    à l’acharnement des ravins

    les forces ne s’épuisent pas si vite

    quand on n’en est que le dépositaire fragile.

    qui combien aux prix de quels hasards

    les avaient amassées?

    un signe

    un rien

    une lueur au bas du ciel

    une flamme née du sol

    un tremblement de l’air

    le signe que rien n’est mort

    je hurlais:

    vous n’avez pas le droit de laisser couper

    le chemin de la transmission

    je hurlais:

    la bouffonnerie des neurones

    suffit à mettre hors de cause l’état de la caldéira

    je hurlais au violent éclatement

    cependant le temps me serpait dur

    jusqu’à la racine intacte.

     

    Cadastre - Moi laminaire d'Aimé Césaire

     Moi laminaire

     

     

    Aimé Césaire, Nos ciels impatients

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    • Comme un malentendu de salut : Parole due

     Combien de fleuves

    de montagnes

    de mers

    de désastres

    penser combien de siècles

    les forêts

    parole due:

    l'enlisement s'enroule

    seul le dur est arable

    danse mémoire danse éligible

    l’invivable en son site

    Avance devance

    laisse à l'horizon s'assoupir la caravane des mornes

    le lion au nord qu'il éructe ses entrailles

    au carrefour parmi la lave qui trop vite refroidit

    tu rencontreras l 'enfant

    c'est le vent qu'il s'agit

    de l'élan du poumon accompagne-le longtemps

    avance

    en chemin

    sans écarter les chiens

    le vent par toi vivant par toi-même les acharne

    de tout ce que de montagne il s'est bâti en toi

    construis chaque pas déconcertant

    la pierraille sommeilleuse

    ne dépare pas le pur visage de l’avenir

    bâtisseur d’un insolite demain

    que ton fil ne se noue

    que ta voix ne s’éraille

    que ne confinent tes voies

    Avance

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    • Moi, laminaire : Algues

    La relance ici se fait

    par le vent qui d’Afrique vient

    par la poussière d’alizé

    par la vertu de l’écume

    et la force de la terre

    nu

    l’essentiel est de se sentir nu

    de penser nu

    la poussière d’alizé

    la vertu de l’écume

    et la force de la terre

    la relance ici se fait par l’influx

    plus encore que par l’afflux

    la relance

    se fait

    algue laminaire

     

     

     

    Aimé Césaire, Je suis attente

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    • Moi, laminaire : Dorsale bossale

    Il y'a des volcans qui se meurent

    Il y'a des volcans qui demeurent

    Il y'a des volcans qui ne sont là que pour le vent

    Il y'a des volcans fous

    Il y'a des volcans ivres à la dérive

    Il y'a des volcans qui vivent en meutes et patrouillent

    Il y'a des volcans dont la gueule émerge de temps en temps

    véritables chiens de la mer

    Il y'a des volcans qui se voilent la face

    toujours dans les nuages

    Il y'a des volcans vautrés comme des rhinocéros fatigués

    dont on peut palper la poche galactique

    Il y a des volcans pieux qui élèvent des monuments

    à la gloire des peuples disparus

    Il y'a des volcans vigilants

    Il y'a des volcans qui aboient,

    montant la garde au seuil du Kraal des peuples endormis

    Il y'a des volcans fantasques qui apparaissent et disparaissent

    (ce sont jeux lémuriens)

    Il ne faut pas oublier ceux qui ne sont pas les moindres

    les volcans qu'aucune dorsales n'a jamais repérés

    et dont la nuit les rancunes se construisent

    Il y'a des volcans dont l'embouchure est à la mesure

    exacte de l'antique déchirure

     

     

     

    Aimé Césaire, Mon temps vendra

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    • Moi, laminaire : La force de regarder demain

     Les baisers des météorites

    le féroce dépoitraillement des volcans à partir

    de jeux d'aigle

    la poussée des sous-continents arcs-boutés

    eux aussi aux passions sous-marines

    la montagne qui descende ses cavalcades à grand galop

    de roches contagieuses

    ma parole capturant des colères

    soleils à calculer mon être

    natif natal

    cycopes violets des cyclones

    n'importe l'insolent tison

    silex haut à brûler la nuit

    épuisée d'un doute à renaître

    la force de regarder demain

     

     

     

    Aimé Césaire, L'heure de nous même

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    • Moi, laminaire : Faveur

    Je croise mon squelette

    qu’une faveur de fourmis manians porte à sa demeure

    (tronc de baobab ou contrefort de fromager)

    il va sans dire que j’ai eu soin de ma parole

    elle s’est blottie au coeur d’un nid de lianes

    noyau ardent d’un hérison végétal

    c’est que je l’ai instruite depuis longtemps

    à jouer avec le feu entre les feux

    et à porter l’ultime goutte d’eau sauvée

    à une quelconque des lointaines ramifications du soleil

    soleil sommeil

    quand j’entendrai les premières caravanes de la sève

    passer

    peinant vers les printemps

    être dispos encore

    vers un retard d’îles éteintes et d’assoupis volcans

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    • Moi, laminaire : Mot-macumba

    Le mot est père des saints

    le mot est mère des saints

    avec le mot « couresse » on peut traverser un fleuve

    peuplé de caïmans

    il m’arrive de dessiner un mot sur le sol

    avec un mot frais on peut traverser le désert

    d’une journée

    il y a des mots bâton-de-nage pour écarter les squales

    il y a des mots iguanes

    il y a des mots subtils ce sont des mots phasmes

    il y a des mots d’ombre avec des réveils en colère

    d’étincelles

    il y a des mots Shango

    il m’arrive de nager de ruse sur le dos d’un mot dauphin

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    • Cadastres : Soleil et eau

    Mon eau n’écoute pas

    mon eau chante comme un secret

    Mon eau ne chante pas

    mon eau exulte comme un secret

    Mon eau travaille

    et à travers tout roseau exulte

    jusqu’au lait du rire

    Mon eau est un petit enfant

    mon eau est un sourd

    mon eau est un géant qui te tient sur la poitrine un lion

    ô vin

    vaste immense

    par le basilic de ton regard complice et somptueux

     

     Cadastre - Moi laminaire d'Aimé Césaire

     Cadastre

     

     

     

     

    • Comme un malentendu de salut : Vertu des lucioles

    Ne pas désespérer des lucioles

    je reconnais là la vertu.

    les attendre les poursuivre

    les guetter encore.

    le rêve n’est pas de les fixer flambeaux

    ni qu’elles se répondent en des lumières non froides

    je suis d’ailleurs sûr que la reconversion se fait

    quelque part pour tous ceux

    qui n’ont jamais accepté cette stupeur de l’air

    la communication par hoquets d’essentiel

    j’apprécie qu’elle se fasse à tâtons

    et par paroxysme

    au lieu de quoi elle sombrerait inévitablement

    dans l’inepte bavardage de l’ambiant marécage

     

     

     

    Aimé Césaire, Ecoutez

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    • Ferrements : Pour saluer le Tiers Monde

    Ah!

    mon demi-sommeil d'île si trouble

    sur la mer !

    Et voici de tous les points du péril

    l'histoire qui me fait le signe que j'attendais,

    Je vois pousser des nations.

    Vertes et rouges, je vous salue,

    bannières, gorges du vent ancien,

    Mali, Guinée, Ghana

    et je vous vois, hommes,

    point maladroits sous ce soleil nouveau !

    Ecoutez :

    de mon île lointaine

    de mon île veilleuse

    je vous dis Hoo !

    Et vos voix me répondent

    et ce qu'elles disent signifie : « Il y fait clair ». Et c'est vrai :

    même à travers orage et nuit pour nous il y fait clair…

    Et je redis : Hoo mère !

    et je lève ma force

    inclinant ma face.

    Oh ma terre !

    que je me l'émiette doucement entre pouce et index

    que je m'en frotte la poitrine, le bras,

    le bras gauche, que je m'en caresse le bras droit.

    Hoo ma terre est bonne,

    ta voix aussi est bonne

    avec cet apaisement que donne

    un lever de soleil !

    Terre, forge et silo. Terre enseignant nos routes,

    c'est ici, qu'une vérité s'avise,

    taisant l'oripeau du vieil éclat cruel.

    Vois:

    l'Afrique n'est plus

    au diamant du malheur

    un noir cœur qui se strie ;

    notre Afrique est une main hors du ceste,

    c'est une main droite, la paume devant

    et les doigts bien serrés ;

    c'est une main tuméfiée,

    une-blessée-main-ouverte,

    tendue,

    brunes, jaunes, blanches, à toutes mains,

    à toutes les mains blessées

    du monde.

     

     

    Ferrements d'Aimé Césaire

    Ferrements

     

     

    Aimé Césaire, Ma race

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    • Moi, laminaire : Calendrier lagunaire

    J’habite une blessure sacrée

    j’habite des ancêtres imaginaires

    j’habite un vouloir obscur

    j’habite un long silence

    j’habite une soif irrémédiable

    j’habite un voyage de mille ans

    j’habite une guerre de trois cent ans

    j’habite un culte désaffecté entre bulbe et caïeu

    j’habite l’espace inexploité

    j’habite du basalte non une coulée

    mais de la lave le mascaret

    qui remonte la calleuse à toute allure

    et brûle toutes les mosquées

    je m’accommode de mon mieux de cet avatar

    d’une version du paradis absurdement ratée

    - c’est bien pire qu’un enfer-

    j’habite de temps en temps une de mes plaies

    chaque minute je change d’appartement

    et toute paix m’effraie

    tourbillon de feu

    ascidie comme nulle autre pour poussières

    de mondes égarés

    ayant craché volcan mes entrailles d’eau vive

    je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets

    j’habite donc une vaste pensée

    mais le plus souvent je préfère me confiner

    dans la plus petite de mes idées

    ou bien j’habite une formule magique

    les seuls premiers mots

    tout le reste étant oublié

    j’habite l’embâcle

    j’habite la débâcle

    j’habite le pan d’un grand désastre

    j’habite souvent le pis le plus sec

    du piton le plus efflanqué- la louve de ces nuages-

    j’habite l’auréole des cétacés

    j’habite un troupeau de chèvres tirant sur la tétine

    de l’arganier le plus désolé

    à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte

    bathyale ou abyssale

    j’habite le trou des poulpes

    je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe

    frères n’insistez pas

    vrac de varech

    m’accrochant en cuscute

    ou me déployant en porona

    c’est tout un

    et que le flot roule

    et que ventouse le soleil

    et que flagelle le vent

    ronde bosse de mon néant

    la pression atmosphérique ou plutôt l’historique

    agrandit démesurément mes maux

    même si elle rend somptueux certains de mes mots.

     

     

     

     Extrait du Calendrier lagunaire,

    voix Nicole Dogué, composition Tony Chasseur,

    "Insurrection perlière Vol 1"

     

     

    Aimé Césaire Et je dis que ma parole

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    • Les armes miraculeuses : Les pur-sang

    Néant de jour

    Néant de nuit

    Une attirance douce

    A la chair même des choses

    Eclabousse.

    Jour nocturne

    Nuit diurne

    qu’exsude

    la Plénitude

    Ah

    "Le dernier des soleils tombe.

    où se couchera t'il sinon en moi ?

    A mesure que se mourrait toute chose,

    je me suis, je me suis élargi - comme le monde -

    et ma conscience plus large que la mer !

    Dernier soleil.

    J'éclate. Je suis le feu. Je suis la mer.

    Le monde se défait. Mais je suis le monde

    La fin, la fin disons-nous.

    Quelle sottise. Une paix proliférante

    d’obscures puissances.

    Branchies opacules palmes syrinx pennes.

    Il me pousse invisibles et instants par tout le corps,

    secrètement exigés, des sens,

    et nous voici pris dans le sacré

    tourbillonant ruissellement primordial

    au recommencement de tout.

    La sérénité découpe l'attente en prodigieux cactus.

    Tout le possible sous la main.

    Rien d’exclu.

    Et je pousse, moi, l’homme

    stéatopyge assis

    en mes yeux des reflets de marais, de honte,

    d’acquiescement

    - pas un pli d’air ne bougeant aux

    échancrures de ses membres -

    Sur les épines séculaires

    je pousse, comme une plante

    sans remords et sans gauchissement

    vers les heures dénouées du jour

    pur et sûr comme une plante

    sans crucifiement

    vers les heures dénouées du soir

    La fin !

    Mes pieds vont le vermineux cheminement

    plante

    mes membres ligneux conduisent d’étranges sèves

    plante plante

    et je dis

    et ma parole est paix

    et je dis et ma parole est terre

    et je dis

    et

    la joie

    éclate dans le soleil nouveau

    et je dis :

    par de savantes herbes le temps glisse

    les branches picoraient une paix de flammes vertes

    et le terre respira sous la gaze des brumes

    et la terre s'étira. Il y eut un craquement

    à ses épaules nouées.

    Il y eut dans ses veines un pétillement de feu.

    Son sommeil pelait comme un goyavier d'août

    sur de vierges îles assoiffées de lumière

    et la terre accroupie dans ses cheveux

    d'eau vive

    au fond de ses yeux attendit

    les étoiles.

    « dors, ma cruauté », pensai-je

    L’oreille collée au sol, j’entendis

    Passer Demain.

     

     

     Les armes miraculeuses d'Aimé Césaire

     Les armes miraculeuses

     

     

    Aimé Césaire, mes yeux

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    • Soleil cou coupé : La roue

    La roue est la plus belle découverte de l'homme et la seule

    il y a le soleil qui tourne

    il y a la terre qui tourne

    il y a ton visage qui tourne sur l'essieu de ton cou quand

    tu pleures

    mais vous minutes n 'enroulerez-vous pas sur la bobine à

    vivre le sang lapé

    l'art de souffrir aiguisé comme des moignons d'arbre par les

    couteaux de l'hiver

    la biche saoule de ne pas boire

    qui me pose sur la margelle inattendue ton

    visage de goélette démâtée

    ton visage

    comme un village endormi au fond d'un lac

    et qui renaît au jour de l'herbe et de l'année

    germe

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    • Une tempête

    J'ai déraciné le chêne, soulevé la mer,

    ébranlé la montagne, et bombant

    ma poitrine contre le sort contraire,

    j'ai répondu à Jupiter foudre pour foudre.

    Mieux ! De la brute, du monstre, j'ai fait l'homme !

    Mais oh !

    D'avoir échoué à trouver le chemin

    du cœur de l'homme, si du moins c'est là l'homme.

     

     

     

    Aimé Césaire, Ma bouche

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    • Cahier d'un Retour au pays natal

    ...Partir.

    Mon cœur bruissait de générosités emphatiques.

    Partir

    j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et

    je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair :

    « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

    Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte...

     

    Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».

    Et je lui dirais encore :

    « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche,

    ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

    Et venant je me dirais à moi-même :

    « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme,

    gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur,

    car la vie n'est pas un spectacle,

    car une mer de douleurs n'est pas un proscenium,

    car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

     

    Et voici que je suis venu ! ...

     

    ... Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

    que je n’entende ni les rires ni les cris, les yeux fixés

    sur cette ville que je prophétise, belle,

    donnez-moi la foi du sauvage du sorcier

    donnez à mes mains puissance de modeler

    donner à mon âme la trempe de l'épée

    je ne me dérobe point.

    Faites de ma tête une tête de proue

    et de moi-même mon cœur,

    ne faites ni un père, ni un frère, ni un fils,

    mais le père, mais le frère, mais le fils,

    ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

    Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

    comme le poing à l’allongée du bras!

    Faites-moi commissaire de son sang

    faites-moi dépositaire de son ressentiment

    faites de moi un homme de terminaison

    faites de moi un homme d’initiation

    faites de moi un homme de recueillement

    mais faites aussi de moi un homme d’ensemencement

    faites de moi l’exécuteur de ces œuvres hautes

    voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme

    Mais les faisant, non cœur, préservez-moi de toute haine

    ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n'ai que haine

    car pour me cantonner en cette unique race

    vous savez pourtant mon amour tyrannique

    vous savez que ce n'est point par haine des autres races

    que je m'exige bêcheur de cette unique race

    que ce que je veux,

    c’est pour la faim universelle

    pour la soif universelle

    la sommer libre enfin

    de produire de son intimité close

    la succulence de fruits.

    Et voyez l’arbre de nos mains !

    il tourne, pour tous, les blessures incises

    en son tronc

    pour tous le sol travaille

    et griserie vers les branches de précipitation parfumée !

    Mais avant d’aborder aux futurs vergers

    donnez-moi de les mériter sur leur ceinture de mer

    donnez-moi mon cœur en attendant le sol

    donnez-moi sur l’océan stérile

    mais où caresse la main la promesse de l’amure

    donnez-moi sur cet océan divers

    l’obstination de la fière pirogue

    et sa vigueur marine...

     

    ... Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi,

    les cheveux dans le vent,

    ma main petite maintenant dans son poing énorme

    et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous,

    dans une voix qui vrille la nuit

    et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique.

    Et la voix prononce que l’Europe

    nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,

    car il n’est point vrai que l’oeuvre de l’homme est finie

    que nous n’avons rien à faire au monde

    que nous parasitons le monde qu’il suffit

    que nous nous mettions au pas du monde

    mais l’oeuvre de l’homme vient seulement de commencer

    et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur

    et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force

    et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête

    et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre

    éclairant la parcelle qu’à fixée notre volonté seule

    et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite...

     

     

    Cahier d'un retout au pays natal Aimé Césaire

    Cahier d'un retour au pays natal 

     

     

    Dans l'article consacré au "Chanté Noël" rubrique "Racine" vous apprécierez un nouvel extrait du cahier d'un retour au pays natal  : "Noël n'était pas comme toutes les fêtes...  ".

     

      


     Cahier d'un retour au pays natal

     

     

    Aimé Césaire, Je viendrai

     Index  

     

      

    Je terminerais par ce très beau poème non pas de Césaire mais de Léon-Gontran Damas, poème dédié à Aimé Césaire :

     

    Recueil : Pigments Névralgies : Solde

    J'ai l'impression d'être ridicule

    Dans leurs souliers

    Dans leurs smoking

    Dans leur plastron

    Dans leur faux-col

    Dans leur monocle

    Dans leur melon

    J'ai l'impression d'être ridicule

    Avec mes orteils qui ne sont pas faits

    Pour transpirer du matin jusqu'au soir qui déshabille

    Avec l'emmaillotage qui m'affaiblit les membres

    Et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe

    J'ai l'impression d'être ridicule

    avec mon cou en cheminée d'usine

    avec ces maux de tête qui cessent

    chaque fois que je salue quelqu'un

    J'ai l'impression d'être ridicule

    dans leurs salons

    dans leurs manières

    dans leurs courbettes

    dans leur multiple besoin de singeries

    J'ai l'impression d'être ridicule

    avec tout ce qu'ils racontent

    jusqu'à ce qu'ils vous servent l'après-midi

    un peu d'eau chaude

    et des gâteaux enrhumés

    J'ai l'impression d'être ridicule

    avec les théories qu'ils assaisonnent

    au goût de leurs besoins

    de leurs passions

    de leurs instincts ouverts la nuit

    en forme de paillasson

    J'ai l'impression d'être ridicule

    parmi eux complice

    parmi eux souteneur

    parmi eux égorgeur

    les mains effroyablement rouges

    du sang de leur ci-vi-li-sa-tion

    Index

     

     

     

    Cit'Action

    « J'ai plié la langue française à mon vouloir-dire »

    Aimé Césaire

     

    Aechmea fasciata

    Resplendissante fleur de Broméliacées (Bilbergia Pyramidalis),

    au Parc Culturel Aimé Césaire de Fort de France!

     Index

     

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  • Commentaires

    1
    deistman
    Mardi 20 Novembre 2012 à 17:57

    fabuleux

    2
    jackyquetzalyne Profil de jackyquetzalyne
    Jeudi 22 Novembre 2012 à 20:55

    Deistman, merci de votre visite et appréciation. 

    3
    Lune7
    Jeudi 21 Mars 2013 à 18:41
    Lune7

    Magnifique site...

    4
    jackyquetzalyne Profil de jackyquetzalyne
    Vendredi 22 Mars 2013 à 23:35

    Bien merci pour votre petite note Lune7! Au plaisir de faire plaisir! A an lot' soleil!

    5
    Myl10
    Lundi 17 Juin 2013 à 16:55

    Bravo et merci pour ce condensé qui nous rend plus sensibles à l'oeuvre de ce grand MONSIEUR . Son écriture apparaît bien plus conviviale et abordable . . .

    Merci encore ...

    6
    jackyquetzalyne Profil de jackyquetzalyne
    Lundi 17 Juin 2013 à 23:25

    Je suis toute joie de savoir que vous aussi appréciez vous aussi, Myl10, les poèmes d'Aimé Césaire. Je trouvais sensationnel ces mots sur les affiches, ces extraits de poèmes sont captivants et riches en métaphore Et...tout comme vous, j'ai redécouvert les poèmes de Césaire avec un oeil nouveau. Je les partage avec plaisir avec vous. Bien à vous! Jacky

    7
    Christophe
    Samedi 8 Février 2014 à 13:41

    Merci de partager ces textes.

    8
    Samedi 8 Février 2014 à 14:43

    Merci Christophe, le plaisir est dans l'amour du partage! Les textes d'Aimé Césaire sont d'une douce beauté, quand bien même certaines de ses phrases demandent mûre réflexions.

    Ma fille en classe de seconde a choisi "Cahier d'un retour au pays natal" dans la liste des livres proposés par son prof de français. Ce choix, je le trouve judicieux et courageux et bien sûr celui-ci m'a fait énormément plaisir. Tout à vous Christophe et au plaisir de vous lire à nouveau! Jacky

    9
    TERON
    Samedi 9 Mai 2015 à 11:45

    Depuis longtemps je méconnaissais! A ma porté mais seulement présent, je n'ai pas tendu la main et je viens seulement d'ouvrir les yeux...Je m'occupais de tous mais la beauté des textes d'Aimé Césaire viennent de me saisir...je ne me sauverai plus que Dieu me garde la vie sous la sagesse des écrits d'un tel maître...bizarement je me sens bien je prends le chemin..............

    10
    Mercredi 13 Mai 2015 à 21:35

    Bonjour et merci Teron pour votre très bel avis. Aimé Césaire est un grand poète, un maître à penser et surtout un visionnaire. C'est ainsi que nous avons dans ses écrits moultes messages avec lesquels nous pouvons nous ressourcer, trouver inspirations, nous imprégner de ce don linguistique qu'il nous a offert pour notre plus grand plaisir mais aussi pour progresser dans notre vie. L'écouter, le lire, le relire encore et encore, n'est-ce pas sensationnel! Bien à vous! Jacky

    11
    rau
    Jeudi 17 Septembre 2015 à 21:52

    Merci, c'est beau et je suis contente de lire ce grand monsieur.cool

    12
    Lundi 5 Octobre 2015 à 19:52

    Bonjour Rau, tout le plaisir est pour moi, bon partage! Bizzz Jacky

    13
    god bless you
    Lundi 9 Novembre 2015 à 08:41
    good man
    14
    Dimanche 7 Février 2016 à 13:50

    That's it...thank!!!

    15
    Jean-Gaston
    Vendredi 1er Juillet 2016 à 10:30

    Bonjour et merci pour m'avoir permis de redécouvrir Aimé Césaire, j'en ai la gorge nouée. Pendant ma scolarité primaire et surtout secondaire, accaparé par les auteurs imposés, je n'ai fait qu'effleurer Frantz Fanon, Senghor, Nkrumah (la liste est longue) et bien sûr Aimé Césaire.

    Le relire encore et encore, n'est-ce pas  rafraîchissant et sublime !

    Encore une fois, merci ! Jean-Gaston 

    16
    Dimanche 10 Juillet 2016 à 00:04

    Bonjour et merci Jean-Gaston pour votre pensée. Tout comme vous, durant mes années scolaires, j'ai été abreuvée d'auteurs Français de l'hexagone que j'ai grandement appréciés (les souvenirs poétiques sont encore bien présents dans ma mémoire), mais de même, j'aurai aimé apprendre une autre palette colorée et imagée d'auteurs Caribéens dans la mouvance Aimé Césaire.

    Grand merci à la ville de Fort de France pour avoir eu la merveilleuse idée d'afficher le long de la route les textes d'Aimé Césaire en grands formats en son hommage.

    En me rendant et en sortant du travail je prenais plaisir à jeter un coup d'œil attentif sur chaque brin de poèmes qui jalonnait mon parcours, ces quelques extraits m'ont ouvert l’appétit, je les vois encore dans ma mémoire. Bien à vous, Jacky

    17
    Sam
    Samedi 18 Février à 08:56

    Que ne perdons nous le temps à lire des livres qui ne nous aident en rien ou qui nous formatent et parfois nous déconstruisent pour nous préparer à ne jouer que le rôle que la société capitaliste infernale nous réserve à savoir celui d’esclave qui sert pour survivre ; heureusement qu’un jour on finit par tomber sur ces vrais livres de vie, qui nous permettent de mieux nous comprendre et de mieux aimer la vie ! Merci de me faire redécouvrir !

    18
    Dimanche 5 Mars à 19:43

    Bonjour Sam, merci pour ces belles réflexions! En effet, c'est bien plus réjouissant et exaltant d'être acteur de sa vie qu'esclave des désirs d’autrui, qui inéluctablement laissera la place à un sentiment de grande frustration, ouvrant la voie à de désordres psychologiques et physiologiques.

    La volonté des autres ne nous correspondra jamais étant donné que chaque être humain est unique et de se fait se doit de suivre sa propre voie selon ses désirs propres.

    Néanmoins, se reposer sur les pensées et savoirs des sages est important, Aimé Césaire en fait partie! Dans ce sens les lectures nous forgent le caractère et nous permettent de nourrir et murir notre réflexion.

    Mais en fin de compte, après toutes ces riches et instructives lectures, c'est uniquement notre propre choix qui importe, celui venant du cœur qui émane de notre intuition et nos ressentis.

    Je trouve les livres si fascinants et précieux que j'ai du mal à m'en séparer. Il m'arrive souvent de les relire à nouveau et de découvrir de nouvelles données auxquelles je n'avais pas prêtées attention.

    Bien à vous! Jacky

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